Le château de Winkel

 

 par Philippe LACOURT

 Publié avec l'accord de Philippe LACOURT

 

 

Texte rédigé par Philippe Lacourt, à partir des recherches effectuées par les élèves de l'option Culture Régionale, niveau 4ème, en 2017-2018 : Louis Ackermann, Louis Anthony, Julien Brissinger, Jimmy Gastsacher, Louise Holler, Yohan Jaegy, Nazim Kanlier, Mélys Murcy, Louis Nachbaur, Robin Nachbaur, Yann Risse, Lukas Sautter, Arnaud Schmitt, Rémy Thiry et Dennis Weyreder

 

 

Une colline de Winkel se nomme l'Altschloss, ce qui veut dire « le vieux château ». Tous les lieux d'Alsace portant ce nom ont des vestiges de châteaux[1]. Sur la colline de Winkel, il n'y a aucune trace d'un château. Par contre, il y a un fossé, qui a déjà été signalé en 1861 [2]. Pour certains historiens, c'est la preuve de l'existence d'un château[3] alors que pour d'autres, ce fossé n'est pas d'origine humaine[4].

 

            Cette colline, dont le point culminant a une altitude de 641 mètres, est assez escarpée et se prête donc bien à la construction d'un château. Ce site fait d'ailleurs penser à celui du Liebenstein, situé à proximité.

 

            Les légendes racontées à Winkel font état d'un château à cet endroit [5]. Elles relatent qu'en contrebas du château, il y avait un village. Les habitants du château faisaient des signaux aux châteaux environnants, en l'occurrence le Landskronn et le Morimont. Plus tard, après la disparition du château, des habitants de Winkel l'ont vu apparaître devant eux, avec un fantôme assis sur un coffre en fer. Un berger de Winkel, nommé « le vieux tambour », aurait laissé passer un chevalier qui, pour le remercier, lui aurait donné une pièce en argent extrêmement vieille. Enfin, on aurait vu des gens descendre de cette colline. Cela fait donc cinq traditions orales différentes, ce qui est beaucoup.

 

            Mais il n'y a aucune preuve historique de l'existence d'un château à cet endroit. Certains historiens ont attribué la possession du château à la famille noble des Warth[6], mais c'est une erreur due à une mauvaise connaissance de l'histoire de la chapelle de Winkel[7]. D'autres historiens ont pensé à une famille noble « de Winkel »[8]. Mais le « Werner de Winkel » cité dans un document de 1213 n'était pas un noble, simplement un habitant de Winkel [9].

 

            A propos du village qui aurait existé en contrebas du château, on a effectivement trouvé dix pierres polies à Winkel[10]. L'une de ces pierres polies est encore conservée au musée d'Altkirch[11]. Mais c'est de l'époque du néolithique, donc bien avant la construction des châteaux. De l'autre côté, sur le territoire de Bendorf, il y a le Willerfeld. Comme son nom l'indique, il y a eu un village disparu à cet endroit. De quand date-t-il ? On y a découvert une selle de cheval[12]. Or, les chevaux sont présents en  Alsace depuis l'époque celte. Ce village a donc peut-être existé au Moyen Age.

 

            L'absence de restes de murs, ainsi que de mentions dans les documents font penser à la construction d'un château au début du Moyen Age, avant 1100. En effet, il n'y a plus aucun document datant de cette époque, et les châteaux étaient alors construits avec des palissades en bois.

 

            Au XVIIIème siècle, l'Altschloss était recouvert par une forêt de hêtres qui, s'étendait aussi sur le Baholtz[13]. Il existe une description précise de cette forêt en 1783[14]. Elle est alors constituée de hêtres, dont les plus vieux ont une centaine d'années. Parmi eux, il y a « quelques vieux chênes dépérissants et couronnés ». Il semble alors possible d'avancer l'hypothèse suivante. Au départ, il n'y avait pas d'arbres  en ce lieu. Puis les espèces pionnières se sont installées : des arbustes, puis des arbres, dont les chênes. Enfin, les hêtres sont arrivés. Comme le milieu leur est propice, ils ont pris le dessus. En 1783, seuls quelques chênes n'ont pas encore disparu. Bientôt, ce sera leur tour, et il n'y aura plus que des hêtres. Selon cette hypothèse, le Baholtz et l'Altschloss n'avaient donc pas d'arbres auparavant. Vers quand ? Il faut compter la venue des espèces pionnières, puis la durée de vie des vieux chênes. Les chênes vivent en moyenne 400-500 ans. Si on rajoute le temps que les espèces pionnières arrivent, il faut encore rajouter quelques dizaines d'années. On arrive donc à au moins 600 ans avant 1783, donc avant 1183. Cela est cohérent avec l'hypothèse selon laquelle il y aurait eu un château au début du Moyen Age, avant 1100.

 



[1]Clauss (Joseph), Wörterbuch Elsass, Saverne, 1895, pages 29-30.

[2]Stöber (August), Alsatia, Mulhouse -Bâ1e, 1861, pages 249-251.

[3]Baquol-Ristelhuber, L'Alsace ancienne et moderne, Strasbourg, 1865, page 585.

[4]Stöber (August), Alsatia, Mulhouse -Bâ1e, 1861, pages 249-251.

[5]Stöber (August), Alsatia, Mulhouse -Bâ1e, 1861, pages 249-251.

[6]Salch (Charles-Laurent), Dictionnaire des châteaux de l'Alsace médiévale, Strasbourg, 1978, page 346.

[7]Metz (Bernhard), Alsatia Munita, 1991-2005, disponible sur Internet.

[8]Dietrich (Joseph-J.), Winkel. Son église, ses chapelles, ses oratoires. La chapelle Warth , 1988, pages 7 et 8.

[9]Trouillat (Joseph), Monuments de l'Ancien Evêché de Bâle, volume 1 page 462, n° 302.

[10]Glory (André), La civilisation néolithique en Haute-Alsace, Strasbourg, 1942.

[11]Numéro 99 dans l'inventaire.

[12]Stöber (August), Alsatia, Mulhouse -Bâ1e, 1861, pages 249-251.

[13]Plan de 1762 visible sur le site des Archives Départementales du Haut-Rhin.

[14]Archives Princières de Monaco, T 1060, visibles sur le site des Archives Départementales du Territoire de Belfort, vues 76 et 77 sur 89.